AC&T - présentation

Contextes

Pour les compagnies de théâtre et plus généralement pour le spectacle vivant le confinement a fait figure de « saison en enfer ».  Cependant, la déception, la déconvenue ont réveillé une faim, des appétits et des enthousiasmes que l’on croyait réservés aux temps chéri du temps ordinaire. Car bien entendu la création n’implique pas un déplacement à l’autre bout du monde. En vérité, le bout du monde c’est un peu nous, ceux que nous aimons, ceux que l’on côtoie, ceux avec lesquels on est en relation, ceux que l’on aimerait connaître, ceux qui sont encore des inconnus et finalement, tous ceux qui tournent sur le même manège, embarqués sur la même petite planète.

"Le bout du monde c'est un peu nous, ceux que nous aimons ..."

Compagnie de théâtre née de la dernière giboulée (janvier 2020), nous avons essayé de sauver les meubles en restant en contact les uns avec les autres, en programmant régulièrement des répétitions par le biais de systèmes de communication ( téléphone, visioconférence). Nous avons perçu que ce qui a frappé les esprits - et les corps - c’est l’accent mis sur le débordement : en France, les services hospitaliers ont été dramatiquement débordés mais tout autant l'appréciation de la robustesse de la médecine, de l’économie, de la gouvernance … Alors, plutôt que de redouter la confrontation, nous avons résolu d’approcher au plus près le débordement. Mettant de côté les gestes barrière, nous nous sommes posé la question suivante : que pourrions-nous préserver du théâtre si le théâtre était débordé, c’est-à-dire débarrassé de ses bords ?

"Que pourrions-nous préserver du théâtre si le théâtre était débordé, c’est-à-dire débarrassé de ses bords ?"

Concepts

Pour la scène théâtrale cette question semble résolue depuis longtemps puisque le « quatrième mur » désigne le fronton virtuel situé sur le devant de la scène et à travers lequel les spectateurs voient jouer les comédiens. C’est plus précisément Denis Diderot qui le premier a formulé ce concept dans le Discours sur la poésie dramatique (1758). Étant en bonne compagnie, nous avons imaginé abattre d'autres murs  en interrogeant la différenciation entre représentations théâtrales et conventions citoyennes. « Activations citoyennes et théâtrales » (AC&T) est à interpréter comme un creuset d'expériences pour faire bouger les lignes, les murs et in fine la démocratie.

"Un creuset d'expériences pour faire bouger les lignes ..."

Une convention citoyenne est une assemblée composée de citoyennes et citoyens tirés au sort, représentatifs de la diversité des habitants, réunis dans un processus délibératif indépendant  pour répondre à une demande ou question précise, en lien direct avec une décision politique. De son côté, un spectacle de théâtre est,  au sens large, créateur de lien social à travers des pratiques artistique et culturelles. Ces deux univers gagneraient à être associés, ceci afin de combiner travail délibératif et le travail interprétatif. Notre point de vue est le suivant : ces deux piliers doivent se compléter et non se substituer l'un à l'autre. Les progrès de la démocratie ne peuvent s'accomplir dans la dissociation : il y a une vertu politique à établir des liens entre ces deux foyers de réflexion critique. Une précaution, toutefois. Prenons notre temps : l'impatience est antidémocratique. 

 

"Prenons notre temps : l'impatience est antidémocratique".